Début Juillet, accompagné d’un ami, nous sommes allés faire un tour dans une de ces profondes vallées dont le massif de l’Oisans à le secret : le vallon de la Lavey.
Partis tôt le matin, l’itinéraire nous a conduit dans un premier temps au lac des Rouies, encore partiellement recouvert de glace, puis par une dernière pente jusqu’à 3312 m au col de la Lavey.
Comme notre objectif était de faire la grande boucle jusqu’au village de La bérarde, nous avons plongé sans plus attendre sur le glacier de l’Ane par une courte pente de neige soutenue : exposée plein Est, celle-ci était déjà bien mole.

Après quelques hésitations, nous avons trouvé le passage neigeux nous permettant de prendre pieds sur le glacier descendant du sommet des Rouies. C’est à partir de ce moment-là que l’itinéraire s’est corsé ! Par où fallait-il passer pour accéder au glacier du Chardon, porte de sortie logique de cette grande ballade en haute-montagne ? Notre vue s’arrêtait à des barres rocheuses et quelques maigres couloirs de neige plongeant vers quelque chose que nous ne pouvions voir : falaises, barres infranchissables, glaciers, … Une seule solution, observer attentivement le relief et le confronter avec les indications de notre vieille carte du massif (il faudra que je la change celle-là !).
Afficher July 2008 – Traversée du col de la Lavey sur une carte plus grande
Après une tentative infructueuse, et une longue remontée sur le glacier des Rouies pour éviter une petite zone de séracs, nous trouvons finalement un couloir étroit, franchissant une cascade par un fin pont de neige, … très, très fin … Avec prudence, mon compagnon de cordée s’engage dans ce couloir. L’eau gronde sous la neige. Piolet planté profondément, les muscles en alerte, j’assure sa progression au plus près. Brusquement la corde se tend, je le vois disparaître derrière les flots de la cascade. Le temps semble s’arrêter. Je l’appelle. Pas de réponse, le bruit du torrent couvre certainement ma voix. Enfin la corde se détend, puis file normalement entre mes mains. Je vois enfin mon compère réapparaître bien plus bas, un peu humide, mais bien content de s’en être sorti correctement.

C’est à mon tour de descendre, et en tant que premier de cordée, je n’ai pas le droit à l’erreur : toute chute serait synonyme d’accident. Je me concentre uniquement sur ma progression, mon équilibre, la justesse de mes gestes, sur ma perception exacerbée de tout ce qui m’entoure : la neige, le torrent, le moindre bruit suspecte. Je suis en alerte. Après une vingtaine de mètres de progression, j’aperçois mon compagnon en contre-bas en train de faire son mieux pour s’occuper de la corde (j’aurai dû lui expliquer hier soir au refuge les bases de l’assurage en haute-montagne). Le pont de neige est très fin mais je réussis tout de même à le franchir sans que celui-ci ne se brise.
Enfin sur le glacier du Chardon, nous nous arrêtons quelques minutes afin de reprendre nos esprits après le franchissement de ce passage. Techniquement, il n’y avait pas de réelle difficulté, mais le risque et l’exposition de ce pont de neige étaient important.
Après quelques heures de marches supplémentaires et une ou deux hésitations, nous arrivons, fatigués, au village de La Bérarde. En discutant au café où nous nous sommes arrêtés, nous apprenons que ce passage ne se pratique plus qu’en hiver et au printemps. D’ailleurs, il y a quelques années, deux alpinistes y ont laissé leur vie …