Raid en Vanoise : neige et tempête !

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Profitant d’un peu de temps libre, je suis parti en haute-montagne pour trois jours de ski de randonnée dans le Massif de la Vanoise. Mon itinéraire devait me conduire sur les sommets de la Pointe de Méan Martin (3330 m) et de la Pointe de la Sana (3436 m). Malgré une bonne connaissance du terrain, les conditions météorologiques en décidèrent autrement.

Départ de la station de ski de Val d’Isère, grand soleil mais déjà quelques nuages apparaissent en provenance d’Italie. La neige est bonne et la pente régulière. Je m’engage petit à petit dans le vallon du Fond des Fours. Sur la fin de la journée, un hélicoptère du Secours Aérien Français tournoie dans le ciel, puis s’approche de moi et atterrit non loin. Je m’arrête et observe : je crois qu’ils cherchent quelqu’un en perdition. L’appareil décolle à nouveau et survole des barres rocheuses en face. J’entends quelques cris et aperçois un skieur perdu au milieu des rochers. Il est rapidement repéré et les services de secours l’évacue enfin. L’hélicoptère n’est plus qu’un murmure dans le fond de la vallée.

Je passe à la hauteur du refuge du Fond des Fours (2537 m) et poursuis ma trace jusqu’à un replat propice à l’installation de mon bivouac. Rapidement, le soleil se cache, la température baisse et un léger vent se lève. Après un quart d’heure de maniement de la pelle, la plate-forme de neige est prête, profitant des déblais pour constituer un petit muret de protection contre le vent qui forcit. Je déplie mon abri que je n’avais plus utilisée depuis mon dernier voyage en Islande.

Assis dans la tente, je reprends quasi instinctivement mes habitudes et repères dans ce cocon plutôt exigu. Le réchaud ronronne dans le silence hivernal de ce début de nuit. Le repas est constitué comme d’habitude de soupes lyophilisées, de semoule de couscous, de fromage et finit par quelques biscuits. Je sors une dernière fois pour retendre les attaches de la tente avant de m’endormir dans mon sac de couchage.


Winter bivouac

Bivouac dans le vallon du Fond des Fours.


Mon sommeil a été plusieurs fois interrompu par des coups de vent réguliers mêlés de neige descendant des sommets environnants.

6H00 – Cela fait plus d’une demi-heure que je traine dans mon sac de couchage. Il ne fait pas très froid ce matin et ce n’est pas très bon signe. Je sors la tête de la tente : comme je l’avais pressenti le temps déjà est un peu couvert. Je fais chauffer le reste de l’eau d’hier soir, puis y ajoute régulièrement des morceaux de neige dure. Un thé chaud et quelques biscuits seront mon petit-déjeuner. Sans perdre de temps, je range avec méthode mon matériel de bivouac dans mon sac à dos.


Following the snow track

Montée au col du Pisset (2958 m).


Après une heure de progression lente, j’arrive au pied de la Pointe de Méan Martin et suis bientôt rattrapé par un groupe de skieurs accompagné d’un guide de haute-montagne. Les sommets environnants sont tous dans la brume. A l’approche du col du Pisset (2958 m), la pente se redresse. Le poids du sac, l’altitude et mon manque d’entrainement commencent à se faire sentir.

Après le col, l’itinéraire franchit une croupe et se poursuit par une traversée qui mène sur une langue glaciaire. La neige commence à tomber et le brouillard avale le relief. Mon champ de vision se réduit à quelques mètres, au-delà tout est blanc. Régulièrement, je fais le point avec la boussole, l’altimètre et la carte. Au-dessus de moi, j’entends un groupe de skieurs et tente de m’orienter aux sons de leurs voix.


Slow sun

Sur le glacier de Méan Martin.


3100 m. Tout est blanc. Plus aucun bruit. Je suis happé par la montagne.

Pendant de longues minutes, j’hésite entre poser mon bivouac dans un replat en contre-bas ou rebrousser chemin et rentrer sur Val d’Isère. La raison l’emporte. En perdant de l’altitude, je passe sous le plafond nuageux et retrouve ainsi un peu de visibilité. Une chose m’interpelle rapidement : pourquoi les montagnes en face sont-elles beaucoup plus hautes que moi ? Je vérifie de nouveau sur la carte.

Ce n’est que plus bas que je me rends compte de mon erreur d’interprétation induite par le manque de visibilité et la fatigue de l’effort. Je me retrouve donc au fond du vallon de la Femma et la journée est trop avancée pour rebrousser chemin en direction du col de la Rocheure. J’arrive perplexe au refuge de la Femma (2352 m), un peu inquiet des conditions météorologiques prévues pour demain.

J’explique mon erreur d’itinéraire à la gardienne qui m’annonce que tout bivouac est interdit dans le Parc de la Vanoise. Je lui explique que cela fait plusieurs années que je ne suis pas venu en Vanoise et que je croyais le bivouac toléré comme dans le Parc national des Ecrins. Après discussion avec un gardien du parc présent au refuge, je suis autorisé à planter ma tente pour cette nuit. En attendant, je passe l’après-midi confortablement installé dans la salle commune.

A la fin de la journée, alors que tous les locataires du refuge se prélassent, je chausse de nouveau mes skis et, sac sur le dos, je pars à la recherche d’un replat convenable pour installer mon bivouac. La température est toujours trop douce et la neige humide et molle. Skis aux pieds, je tasse longuement une surface convenable pour y installer ma tente. En dehors de cette zone, je m’enfonce dans la mélasse jusqu’aux cuisses !

Le repas du soir vite avalé, je sors une dernière fois pour contrôler l’arrimage de la tente. Dehors, la nuit est là mais il ne fait toujours pas froid. Le vent se lève et les averses de neige égrainent les heures de cette nuit de bivouac.


Waiting in the fog

Le col de la Rocheure (2912 m) dans la tempête et la neige !


Le lendemain matin tout est gris-blanc. Le vent souffle toujours. Comme d’habitude, un thé chaud et quelques biscuits. Entre deux bourrasques, je prépare mon sac.

Carte, boussole et altimètre en mains, je prépare soigneusement mon itinéraire pour rejoindre le col de la Rocheure (2912 m). Je me souviens y être monté il y a une quinzaine d’années. De mémoire, le parcours du vallon de la Femma est facile mais le versant côté Val d’Isère plutôt raide, mais c’est la seule porte de sortie vers mon point de départ. Faisant le point régulièrement, l’ascension se déroule sans problème. Au col, un vent violent mêlé de neige m’accueille dans une visibilité quasi nulle.

Après une heure d’attente dans la tempête au col de la Rocheure passée à scruter le relief, jauger la pente et déceler une éventuelle corniche, je franchis avec beaucoup de précautions le col. La visibilité est quasi nulle mais la neige semble stable. La descente dans le vallon du Pisset est laborieuse : brume, mauvais temps, pluie et neige profonde gorgée d’eau. Ambience sévère et parcours inskiable …



Ressources web
Parc National de la Vanoise
Helsport

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